Sans titre #01, série Fêlures, Anaïs Boudot

à partir de 900,00 

Photographie Noir et Blanc,
Tirage pigmentaire sur papier d’art
numéroté et signé au dos par l’artiste
Certificat d’Authenticité

Auteur : Anaïs Boudot
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Photographie Noir et Blanc,
Tirage pigmentaire sur papier d’art qualité muséale pour collectionneurs
numéroté et signé au dos par l’artiste
Accompagné de son Certificat d’Authenticité
Date œuvre : 2014
2 formats : 50 x 50 et 80 x 80 cm
8 exemplaires (+ 2 AP) dans chaque format

Majoration du prix au fil des ventes réalisées.

Anaïs Boudot

Photographe française diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie en 2010 et du Fresnoy (Studio National d’Art Contemporain) en 2013, Anaïs Boudot poursuit aujourd’hui un travail autour de l’exploration des moyens photographiques. Par des allers-retours constants entre argentique et numérique, elle cherche à interroger les moyens propres de ce medium et s’aventure vers le domaine de l’hybridation.

Le paysage et la lumière – comme des évocations d’espaces mentaux, du domaine de la remémoration – se retrouvent au cœur de ses travaux. Elle interroge les frontières du visible et s’engage dans ces interstices créés entre temps et mouvements.

En 2016 – 2017, elle est membre de la Casa de Velazquez à Madrid.

Expositions (sélection) :
Nov 2016 : Lauréate du Prix “Ma Samaritaine 2016”, exposition à la Maison du projet, Paris, commissariat Christian Caujolle
22 au 25 septembre 2016 : Estampa, Foire d’art contemporain, Madrid
28 avril – 18 sept. 2016 : Eugène Leroy en miroir, Histoire d’onde / histoire d’eau, Muba, Tourcoing
28 janvier – 26 mars 2016 : Galerie Binôme, Paris 4, avec Michel Le Belhomme, Claire Laude et Alexandra Pouzet.
14 nov au 19 déc 2015 : Eclats de la lune morte, Arc-en-ciel, Liévin, dans le cadre de Watch this Space 50° Nord
Août 2015 : Lauréate du Prix “Résidence pour la Photographie”, Fondation des Treilles
23 mars – 24 avril 2015 : Fêlures, Le Pilori, Niort dans le cadre des Rencontres de la Jeune Photographie Internationale, Villa Pérochon
4 juin – 25 juillet 2015 : Exuvies, Galerie Le Lac Gelé, Nîmes
21 nov 2014 – 4 janvier 2015  : “Fêlures”, Galerie Les Bains Révélateurs, Roubaix
4 octobre 2014 : Nuit Blanche Bruxelles, Bruxelles
Avril 2014 : Exuvies, Carré Amelot, La Rochelle
Nov 2013 : Silencio, Château musée de Boulogne-sur-Mer
Mars 2013 : You I Landscape, Triennale Jeune Création, Carré Rotondes, Luxembourg
Nov 2012 : PANORAMA 14, CAC, Vilnius

Fêlures d’Anaïs Boudot

« Nous ne voyons que ce qui d’abord nous échappe. »
Maurice Blanchot, Parler, ce n’est pas voir

Il y a des images pour lesquelles on retient son souffle,  parce que là on sent justement un souffle de lumière faire valser délicatement les grains de sel du visible pour composer des visions. Ces visions demeurent au cœur même de leur impertinence. Comment accepter de parler de ce qui, faisant image, ne fait pas nécessairement parole, de ce qui veut donner sa place au silence du monde, des choses et des
corps ?

Anaïs Boudot offre toujours sous des formes nouvelles des poèmes photographiques inactuels.

On peut s’étonner de l’art, on devrait s’étonner davantage de l’art qui naît de ces rencontres les paupières fermées du procédé photographique ancien et de l’angle nouveau sur le medium et ses sujets naturels ou chimériques – mélanges fluides de l’intemporel et de l’éphémère qui se lisent tout doucement. Aimables (littéralement, digne d’être aimés) paradoxes. Après les stéréoscopies réinventées, Anaïs Boudot réinvente ici le photogramme – objets décalqués directement sur la matière photosensible.

Ce geste pourrait être commenté. L’aspect autrefois expérimental, abstrait, rupture avec la représentation et une certaine conception de la photographie est ici présent avec un décalage merveilleux. Peut-être parce qu’il n’est plus possible au spectateur contemporain de voir ces photogrammes comme une technique à part, mais seulement une technique parmi d’autres, alors il faut prendre le parti de rêver le passé, d’oublier et de réinventer le photogramme, ses images et lui offrir des univers, c’est ce qu’a fait Anaïs Boudot.

L’image nous fait signe d’abord par le craquèlement, la fissure qui la marque, qui la signe, qui nous fait signe comme un éclair, tantôt noir, tantôt blanc, déchirant le ciel de la représentation.

Ici la fêlure ne semble pas un signe annonciateur de rupture, mais apparaît plutôt comme une faille qui nous permet d’atteindre comme à l’image même. Un calme onirique, intime, une mélancolie empreinte de légèreté absorbe ces fêlures, les comprend dans l’image, sans qu’elles se manifestent comme violence.

La fêlure (fleurie si l’on veut) éclot ici sous toutes ses formes, et sous beaucoup de ses possibles. Des plus familières, comme celle de la pliure de la photo-souvenir, du souvenir dont même les replis sont chéris, jusqu’aux plus poétiques où les lignes, imparfaites, tracent par-dessus l’image un ciel d’éclairs, des fissures dans la glace de l’image, une faille dimensionnelle où peuvent affleurer des fantômes, ou simplement un miroir brisé que nous tend l’artiste.

Une image fissurée comme la surface d’une glace invisible, que seule les microfêlures rendent visible, comme si l’image se trouvait à quelques mètres plus profonds que la glace fendillée, d’où son aspect tantôt net, pris dans la glace, et tantôt imprécise, flottant dans une eau presque congelée où la vie ralentit jusqu’à osciller entre la vie et la mort. Dans cette merveilleuse profondeur d’eau glacée, liquide qui maintient dans un état transitoire entre la mort et la vie, les images apparaissent et leur statut sera dès lors comme suspendu.

Merveilleux monde d’images à investir, à imaginer, merveilleux silence des images que nous offre Anaïs Boudot. 

Ce silence surprenant des images c’est aussi la vie du rêve en noir et blanc où se confond la vie aveugle du végétal, les formes belles et incompréhensibles – corps, plantes, paysages abstraits – où le visible et l’invisible se parlent.

Anaïs Boudot n’en est pas à ses débuts et approfondit ici un travail où se joint la matérialité (presque la sensualité) de l’image – ici la déchirure et le procédé du photogramme qui marque la trace du spectre de l’artiste sur l’œuvre – et la constante d’un sentiment d’absence, de travail du négatif où l’imaginaire s’approfondit. Et ces deux pôles opposés arrivent ici à être intimement liés, par la fêlure même. Elle ne brise pas, ne menace pas, elle s’intègre, son effet de distanciation vise au contraire en approfondir l’étrangeté et l’introduire dans son monde.

Lucien Raphmaj
Novembre 2014